Jean Gautier, le Rezéen qui a distillé l’eau de mer… au XVIIIe siècle

Gratuit
Recevez toutes nos informations et actualités par Email.

Entrez votre adresse email:

Cela aurait pu être une vraie révolution. Inventer une machine à dessaliniser l’eau de mer, à utiliser à bord des bateaux : c’était, au XVIIIe siècle, permettre une véritable autonomie des navires et limiter les maladies qui faisaient des ravages parmi les marins après quelques semaines en mer. Cette idée, c’est Jean Gautier, Rezéen, qui l’a eue.

L’homme est né en 1678. Comme nous sommes alors sous l’ancien régime, les services des archives de Rezé n’ont que l’acte de baptême qui porte la date du 11 mai 1678. Cet enfant voit le jour dans le quartier de la Blanche, près du bourg de Rezé. Issu « d’une famille de cordonniers, boulangers et chirurgiens naviguants », indique Yann Vince dans un article paru dans la revue L’Ami de Rezé (N° 26, mars 1997), Jean Gautier est à 30 ans, docteur de la faculté de Nantes puis sera médecin à l’Hôtel-dieu : « Quelle fut l’enfance de Gautier, nous l’ignorons. Peut-être a-t-il lui-même, comme de nombreux jeunes Rezéens d’alors, navigué vers l’âge de 15 ans. »

Imiter les marais salants

Toujours est-il qu’il se penche rapidement sur les réactions chimiques. Alors que beaucoup pensent que l’eau s’altère dans les barriques en mer à cause des substances contenues dans le liquide lui-même, Jean Gautier avance une autre hypothèse. Selon lui, « c’est la matière extractive que l’eau dissout du bois des barriques qui se putréfie et ôte à cette boisson toute salubrité ». Pour Yann Vince, « il a 100 ans d’avance ! » Et pour rendre l’eau de mer propre à la consommation, Jean Gautier préconise d’imiter « l’action du soleil sur les marais salants ».

En décembre 1716, le conseil de la marine permet « au sieur Gautier, médecin de Nantes, de faire à Port-Louis l’épreuve qu’il a proposée du secret qu’il a trouvé pour rendre l’eau de mer potable. »

Pendant deux mois, il va procéder à des essais. C’est un succès. Dans un procès-verbal, les officiers de marine du port de L’Orient font un compte-rendu circonstancié : « Cette eau n’a aucun goût de sel, elle est parfaitement bonne, reposée. Elle est meilleure et plus fraîche que celles des fontaines. »

Impossible en mer

Malheureusement, si les essais à terre sont concluants, ce n’est pas le cas des expériences menées à bord, en 1718. « Malgré ses avantages ingénieux, ce vaisseau distillatoire, tout excellent qu’il peut être, ne peut être employé sous voile parce que l’eau marine, agitée par les mouvements du vaisseau, se mesle et gaste celle qui est réduite en vapeur au chapiteau de l’alambic, qu’elle tombe alors en quantité sur le tambour et qu’elle éteint le feu. »

L’invention de Jean Gautier est reconnue mais sa machine inutilisable en mer. « Ce dernier mourra pauvre en 1743, laissant à ses cinq enfants 4 880 livres et le souvenir de sa gloire passée », peut-on lire dans le bulletin municipal, Rezé magazine de 1986 (N° 13).

Heureusement, l’histoire de cette machine ne s’arrête pas là. « Huit ans après sa mort, sa machine distillatoire reprend brillamment du service dans les salines de Lorraine. Aujourd’hui, l’invention de Jean Gautier le Rezéen est unanimement considérée comme la première réussite de dessalinisation de l’eau de mer. » (OF Entreprises)

  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »
  • »